Christine PAYEUX

jan 2017 – 230 pages

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23 décembre 1979

Le jour de l’enterrement, Elsa ne pleure pas. Sa sœur Esther non plus. François Coste, leur père, est là, un bloc de chair triste. Dehors il pleut, il fait froid. Il observe sa fille, elle lui fait peur, il ne la reconnaît pas. Tu me dévisages avec ton regard bleu pour retrouver ta petite fille sous mon visage, mais il n’y a plus de petite fille. Elsa se laisse traverser par le froid, indifférente. Son père sanglote dans ses bras : On l’aimait bien Émile, tu sais. Tes yeux bleus baignés de larmes dans mes yeux secs. Une glace entre toi et moi. Elle était une pierre de douleur, son père n’avait pas de place sur cette planète-là. Elle avait trop longtemps épié en vain des signes d’amour. Elle ne souffrait plus de lui.

Comment pouvait-il comprendre ? Il ne savait rien des nuits d’hôpital où Elsa donnait à Émile ses mots à boire, chaque mot pour dépasser l’instant, qui lui arrachait le souffle. Les broncho aspirations, les tubes en caoutchouc qu’on enfonce par le nez jusqu’aux poumons, la pompe aspirante, le bocal qui se remplit des sécrétions rougies par le sang, sa main qu’elle tenait, ses yeux qui s’accrochaient aux siens, bleus, comme les tiens. Puis venait l’apaisement, court répit. Et à nouveau le bruit, dans les poumons. Quand j’étais petit j’ai eu la diphtérie cette impression d’étouffer comme maintenant. Elsa lui prend la main. Elle écoute dans le silence de la chambre le bruit de ses poumons…

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